L’âge et le vieillissement, impensés du féminisme

[...] “Comme le montre le livre Enquête sur la vie sexuelle en France, dirigé par Nathalie Bajos et Michel Bozon (La Découverte, 2008), les hommes, en vieillissant, ont statistiquementplus de chances que les femmes d’accéder pour un jour ou pour la vie à des partenaires plus jeunes. Et si la détention d’une position de pouvoir contribue à érotiser le corps des hommes mûrs, ce processus fonctionne beaucoup plus rarement pour les femmes. Ainsi, 37 % des femmes entre 60 et 69 ans n’ont pas de partenaire, pour seulement 16 % des hommes de cette tranche d’âge.Corrélativement, dans les représentations dominantes, les femmes d’âge avancé sont au mieux “bien conservées” par rapport aux canons de la beauté féminine fondés sur la jeunesse. Celles qui ne cachent ni leur vieillesse ni leur désir
tendent à susciter répulsion et déconsidération, tandis que les “vieux beaux” restent mieux admis dans la course à la séduction. Cette perception différenciée des corps vieillissants a pu faire l’objet de subversions artistiques, mais elle n’a été que marginalement questionnée par le militantisme féministe.

Depuis quarante ans, à l’exception notable des combats pour la défense des retraites, ce sont surtout les femmes en âge de procréer et de travailler qui ont
constitué l’étalon des grandes luttes, que ce soit pour l’égalité professionnelle, la libre disposition du corps ou le contrôle des maternités. La revendication “mon corps m’appartient” serait-elle devenue caduque et impuissante face aux corps non féconds, aux corps plus vulnérables ?” [...]

L’âge et le vieillissement, impensés du féminisme par Rose-Marie Lagrave et Juliette Rennes. (Le Monde 06/10/2010)

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